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LE PÈRE PAUL BÉLANGER À KÉNO

un père mariste éducateur

par Roger Landry, s.m., 11 juin 1992

 

TABLE DES MATIÈRES

REMERCIEMENTS

AVANT-PROPOS

PREMIÈRE PARTIE: LE PÈRE PAUL À KÉNO (UN PÈRE MARISTE ÉDUCATEUR)

    INTRODUCTION
    1 LE PÈRE PAUL AVANT LE PREMIER SÉJOUR DES JEUNES
        1.1 Les influences qui ont marqué le Père Paul
        1.2 Le Père Paul m'intéresse à son projet
        1.3 Les derniers préparatifs avant l'entrée des jeunes

    2 LE PREMIER ÉTÉ DE KÉNO
        2.1 L'arrivée des premiers campeurs
        2.2 Des quêtes pour obtenir du matériel
        2.3 La recherche de collaborateurs pour l'œuvre de Kéno
        2.4 Les activités pendant le premier séjour de Kéno
        2.5 Les principes d'enseignement du canot
        2.6 Le canot comme moyen de transport
        2.7 Le pique-nique à la plage du lac Montauban
        2.8 Une randonnée à pied
        2.9 Mon premier camping avec le Père Paul
        2.10 L'aménagement d'un portage
        2.11 Le deuxième mois de l'été 1966

   3 LE DEUXIÈME ÉTÉ DE KÉNO
        3.1 Des nouveautés au Camp Kéno
        3.2 Le Père Paul adhère à des idées nouvelles
        3.3 Le Père Paul s'implique dans le monde des camps
        3.4 Le Père Paul collabore à l'avancement de la Fédération Québécoise de Canot-Camping

    4 LE QUATRIÈME ÉTÉ DE KÉNO
        4.1 Plusieurs maristes collaborent au projet de Kéno
        4.2 Une nouvelle structure dans le personnel

    5 LES ANNÉES SUIVANTES DE KÉNO
        5.1 Le Père Paul confie des tâches
        5.2 La formation du personnel de Kéno
        5.3 Un style de vie qui satisfait son monde
        5.4 Le Père Paul délégué de plus en plus de responsabilités

    6 LE PÈRE PAUL PARTAGE SES RESPONSABILITÉS DE PLUS EN PLUS

    7 LE PÈRE PAUL ACCEPTE UN POSTE DANS L'ORGANISATION MONDIALE DES PÈRE MARISTES

    8 LE PÈRE PAUL JOUE LE RÔLE DE FONDATEUR DE KÉNO

    9 LE PÈRE PAUL NOUS QUITTE

DEUXIÈME PARTIE: TÉMOIGNAGES DE SES AMI(E)S

    1 Rosaire Poussard
    2 Gilles Chabot
    3 Hélène Côté
    4 Georges Auger
    5 Pierre Arsenault
    6 Madeleine Allen
    7 Michel-C. Bernier
    8 Adrien Duperré
    9 Pierre Guay
    10 Édith Grondin, Marc Landry
    11 Hugo Lépine
    12 Colette Pouliot
    13 Lucie Samson
    14 Éric Simard
    15 Mathieu Verrault
    16 Yvon Vézina
    17 Marie-Thérèse Bélanger
    18 Georges-Julien Côté
    19 Joaquin Fernadez

TROISIÈME PARTIE: TEXTES DU PÈRE PAUL BÉLANGER

   1 PROJET CAMP KENO
        1.1 Introduction
        1.2 Le plan d'ensemble à réaliser
        1.3 L'administration
        1.4 La direction
        1.5 La conclusion

    2 CANOTAGE
        2.1 Introduction
        2.2 Objectifs de l'activité canotage
        2.3 Organisation de l'activité canotage
        2.4 Qualification du personnel
        2.5 Équipement et aménagement
        2.6 Lien du canotage avec les autres activités
        2.7 Conclusion
        2.8 Bibliographie

    3 VALEURS CHRÉTIENNES ET VIE DE CAMP
        3.1 Définition des termes
        3.2 Le camp de vacances
        3.3 Les trois grandes valeurs chrétiennes

QUATRIÈME PARTIE: LES GRANDES DATES DE LA VIE DU PÈRE PAUL

    1 Temps d'études

    2 Premières années comme pères maristes

    3 Temps comme provincial des pères maristes

    4 Temps à l'Association des Camps du Québec

    5 Temps à la Fédération Québécoise de Canot-Camping

    6 Temps à Rome comme assistant général

    7 Temps après son retour au Québec

CINQUIÈME PARTIE: GRADES ET PUBLICATIONS

    1 GRADES ACADÉMIQUES DU PÈRE PAUL

    2 PUBLICATIONS DU PÈRE PAUL

    3 TITRE HONORIFIQUE DU PÈRE PAUL

TEXTES ÉVANGÉLIQUES

_______________________________

 

REMERCIEMENTS

Sincères remerciements aux personnes suivantes : P. Jean-Yves LeBlanc, Mme Hélène Côté, P. Rosaire Poussard, P. Gilles Chabot, M. Gabriel Robitaille, M. Pierre Trudel, P. Paul-Émile Vachon pour leur collaboration à la collecte et à l'utilisation des matériaux qui sont rentrés dans ce document. Merci à M. Pierre Dumont pour le don de l'impression des photos.

 

AVANT-PROPOS

J'ai beaucoup connu le Père Paul Bélanger. Je puis dire qu'il m'a énormément appris et influencé au niveau de la pédagogie et de la direction du Camp École Kéno. De plus, il m'a permis de vivre de très belles années comme responsable au camp. Je lui suis redevable sur plusieurs plans. C'est donc en signe de reconnaissance que je vous présente un document sur le Père Paul Bélanger, s. m. .

Dans un premier temps, vous trouverez un texte sur mes souvenirs du Père Paul Bélanger au Camp École Kéno. Par la suite, vous pourrez lire des témoignages de la part de ses ami(e)s, puis des textes du Père Paul ainsi que les principales dates de sa vie. Deux passages du Nouveau Testament donneront la conclusion.

 

PREMIÈRE PARTIE: LE PÈRE PAUL À KÉNO (UN PÈRE MARISTE ÉDUCATEUR)

INTRODUCTION

Lorsque j'ai commencé à rédiger ce texte-ci sur le Père Paul, j'avais accès aux nombreuses filières du Camp École Kéno (depuis 1964, tous les documents écrits, auditifs et visuels ont été conservés et classés). De plus, j'avais énormément de souvenirs personnels. J'ai vécu très longtemps avec lui (il fut probablement la personne que j'ai connue le plus dans ma vie).

Je suis conscient que j'aurai pu écrire davantage sur le Père Paul. J'ai choisi de vous livrer ce qui m'a frappé quant à ses principaux traits de caractère et quant à ses lignes directrices sur l'éducation au Camp École Kéno.

 

1 LE PÈRE PAUL AVANT LE PREMIER SÉJOUR DES JEUNES

1.1 Les influences qui ont marqué le Père Paul Bélanger

À l'été 1959, le frère du Père Paul Bélanger, Guy Bélanger, détient la responsabilité des activités nautiques au Camp-École Trois-Saumons. Au cours de l'été, il lui annonce que les dirigeants ont besoin d'un aumônier. À son invitation, le Père Bélanger accepte d'y aller pendant quatorze jours1 Son goût pour les camps de vacances se développe à partir de ce moment-là.

Par la suite, Guy Bélanger intéresse le Père Paul à son projet de camp (éducation par des expéditions en canot-camping2). Ensemble, ils vont repérer un site sur les lacs Long et Montauban3. Mais l'idée de camp est reportée et Guy Bélanger va travailler à l'Institut Saint-Georges à Chicoutimi, un établissement pour jeunes en difficulté que les Pères Maristes ont dirigé pendant plusieurs années. À l'été 1962, il y organise un camp pour les bénéficiaires. Le Père Paul va aider son frère au camp de vacances de l'Institut Saint-Georges4.

De retour dans sa communauté de Sillery, après son été au camp5, le Père Paul Bélanger parle d'un projet de camp de vacances au Père Poussard, son supérieur. Tous les deux, à l'automne (1962), ils vont voir des terrains sur le lac Long. Le Père Paul avec le Père Gilles Chabot et d'autres pères maristes arpentent toutes les rives du lac. Ils projettent d'occuper leurs étés6 avec des activités dans un futur camp de vacances. Aussi, ils élaborent des plans7. Comme les autorités maristes ne les arrêtent pas, ils entreprennent des démarches pour acquérir le terrain; ils rencontrent des difficultés8. Enfin, ils font une demande de bail pour un terrain, au ministère des Terres et Forêts du Québec, au nom du Séminaire des Pères Maristes inc.9.

Au printemps 1963, le Père Bélanger s'inscrit à une session à l'École des Cadres du Camp-École Trois-Saumons10 où il se lie davantage d'amitié avec les responsables. Durant l'été, il retourne au camp de l'Institut Saint-Georges.

Encouragé par son frère et riche d'un deuxième été comme assistant-directeur au camp de l'Institut Saint-Georges, le Père Paul continue à préciser le projet d'un camp de vacances. En décembre 1963, lorsqu'il reçoit le bail pour le terrain sur le lac Long, il est donc prêt à intensifier les démarches. À partir de ce moment-là, il intéresse de plus en plus de monde à son aventure y compris ses amis du Camp-École Trois-Saumons.

Il leur parle de ses plans. Il les met dans le coup. Ainsi, Lucie Samson visite en canot les lacs Long et Montauban. Impressionnée par la beauté du milieu, elle l'assure qu'il ne se trompe pas en choisissant la baie comme centre du camp. L'Abbé Raoul Cloutier11 lui conseille de construire ses premiers bâtiments sur les pires terrains et de se réserver les plus beaux pour l'avenir. D'ailleurs, il retient d'eux, l'idée de laisser beaucoup d'espace entre chaque bâtisse. Il s'inspire de ce qu'ils lui disent et de ce qu'il a appris comme programme au Camp-École Trois-Saumons. Il va chercher des conseils chez des gens d'expérience et il met en branle la réalisation du Camp École Kéno

 

1.2 Le Père Paul m'intéresse à son projet

En 1965, Léonce Naud12, un de mes bons copains, me convainc de vivre la même expérience que lui. Aussi, au milieu de l'hiver, j'envoie ma demande comme moniteur au Camp-École Trois-Saumons. Après quelques jours, je reçois une lettre. Je suis accepté sans plus de formalité. Les classes finies, je deviens donc moniteur chez les jeunes de 11 et 12 ans. Sans le savoir, je me familiarise avec un style de camp qui a influencé le Père Paul Bélanger13.

Aux alentours de Pâques 1966, alors que je suis au Pavillon Colin à Saint-Augustin, le Père Bélanger me rencontre. Après avoir échangé ensemble, il m'invite à le rencontrer chez lui.

Je le connais un peu car je l'ai déjà vu au Séminaire des Pères Maristes, à Sillery. Lorsque j'étais en Éléments Latins, je l'ai aperçu à maintes reprises passer rapidement en avant de ma classe, habillé de sa soutane noire pour aller enseigner le latin aux gars de Méthode. De plus, j'ai conservé le souvenir inoubliable d'une sortie de classe qu'il avait organisée au chalet du père de Jacques Plamondon14. Je me rappelle également lui avoir parlé pendant une retraite qu'il nous avait prêchée lorsque j'étais en Versification, au Séminaire.

Peu de temps après sa visite, je vais donc le voir avec confiance. Je rentre dans son bureau de supérieur15, au deuxième étage du Séminaire des Pères Maristes. J'avance une des deux chaises beiges près de son immense bureau. Je suis impressionné par le nombre de cigarettes dans ses cendriers et par les pilles de papiers disposées près du téléphone, sur le long meuble foncé près de la fenêtre et même sur le plancher de terrazo.

Détendu et enthousiaste, le Père Bélanger ne perd pas de temps pour me dire qu'il débute un camp de vacances. Il sort alors une carte topographique et il me montre le lac Long sur les terres de la Couronne, au nord de Saint-Alban de Portneuf. Il exprime avec fierté qu'avec d'autres pères maristes16 en 1964, ils ont réussi à tracer un chemin en pleine forêt. Il ajoute que l'année suivante, ils ont fait construire cinq huttes, une boutique et une longue salle à manger. Pour l'été prochain, en 1966, il projette deux séjours d'une durée de quatre semaines17 pour 40 jeunes de 12 à 14 ans.

"Les mousses", comme il dit, vivront une expérience "extraordinaire". Ils pourront apprendre les techniques de canot et de camping, bricoler, se baigner, faire la piste d'hébertisme et s'amuser avec des grands jeux qu'il appelle : "Kémi"18.

Il me parle des autres pères (co-fondateurs) qui vivront au camp avec lui. Le Père Poussard prendra la responsabilité des achats et de l'administration. Le Père Chabot, un père que j'admire beaucoup, s'occupera de l'activité des sciences naturelles en plus de travailler à divers travaux sur le camp.

Je suis impressionné par son dynamisme. Je suis intéressé à travailler avec eux tellement le projet semble emballant. Aussi, lorsqu'il avance qu'il me voit très bien comme moniteur, je suis content qu'il veuille me faire confiance. J'accepte immédiatement en lui montrant mon intérêt. En le quittant, je me sentais valorisé d'autant plus qu'il m'avait dit qu'il aurait besoin de moi pour faire toutes sortes de besognes avant l'entrée des jeunes.

 

1.3 Les derniers préparatifs avant l'entrée des jeunes

Aussitôt l'année scolaire terminée, le Père Paul m'amène au camp. Je me retrouve à Kéno avec le Père Chabot et M. Perron, l'ouvrier. Je suis content de lui rendre service pour certains travaux.

Je me souviens que j'ai eu du plaisir à étendre avec André Michaud du goudron dans l'immense réservoir à eau situé près de la cafétéria. J'étais heureux d'embarquer dans le vieux camion vert (lorsque j'étais à Sillery, seuls des privilégiés y avaient droit). Je trouvais intéressant d'essayer de manier un "jack drill". J'ai éprouvé une grande fierté lorsqu'il m'a encouragé à couper mon premier arbre afin d'agrandir l'emplacement de la tente-chapelle sur la pointe du camping.

Comme jeune, je vivais beaucoup d'appartenance à dormir avec tous ces hommes dans la hutte près de la plage. Je m'en balançais qu'il n'y ait pas de confort. Ce que je vivais avec ces Pères me retenait au camp. Il y avait beaucoup de travaux à exécuter et ils n'avaient pas peur de m'en confier. J'étais fier de travailler avec eux.

 

2 LE PREMIER ÉTÉ DE KÉNO

2.1 L'arrivée des premiers campeurs

Dans les jours précédents l'entrée des campeurs, tous les moniteurs du camp sont arrivés : trois scolastiques de Hull19 avec un de leurs confrères en théologie, deux frères maristes et deux gars du séminaire des Pères Maristes de Sillery. Ensemble, nous avons placé les matelas de foam sur les boites de lit; fait une cage en bois dans la source d'Oscar pour y placer le futur bidon de lait; transporté des brassées de pains que le Père Poussard acheta à Saint-Raymond. Quant au conducteur du "buldozer D9", il a aplani le terrain à l'entrée du camp. La somme de travail diminua rapidement puisque nous étions plus nombreux. Les 33 campeurs pouvaient arriver; matériellement le camp était enfin prêt.

Mais voilà que le jour de l'entrée, il a plu toute la journée. Le terrain récemment nivelé en avant de la salle à manger, devenait détrempé. On y enfonçait jusqu'au genoux. Les autos ne pourraient pas monter la dernière côte.

Pour parer au problème, le Père Chabot sortit une de ses idées pratiques. Il aligna toute une série de madriers sur lesquels les gens pourraient marcher. En pareille situation, un directeur aurait été gêné d'accueillir les enfants de ses amis et des parents d'élèves du Séminaire. Il n'en était rien pour le Père Paul. Même plus, il disait : "ne vous en faites pas; demain, il va arrêter de pleuvoir".

Chose surprenante, le lendemain matin, nous nous sommes levés avec un beau soleil. Aussi, lorsque les parents sont revenus 14 jours plus tard, lors de la journée des visites, le terrain avait séché. Alors le Père Paul leur rappela ses propos en ajoutant : "depuis que le camp est commencé, il a toujours fait beau". Depuis ce temps, la phrase est restée : "Au Camp Kéno, il fait toujours beau ! ".

Certains ajoutaient par la suite : "c'est de la pluie sèche qui tombe à Kéno". Ils avaient raison car le Père Paul ne voyait pas les difficultés comme les autres. Il possédait un optimisme débordant. Rien ne l'arrêtait. Tous les obstacles devenaient des défis à relever. Pour lui, il s'agissait de se retrousser les manches et de croire à la réussite.

D'ailleurs, il parvenait continuellement à résoudre les difficultés qui se présentaient devant lui. Il répétait à qui voulait l'entendre : "il arrive un miracle par jour à Kéno". Que de fois, il a dit, en descendant un dimanche ou un jour de la Confédération chez Plourde Machinerie, suite aux génératrices qui ne fonctionnaient plus : "Je reviendrai avec le technicien; soyez-en assurés". Et à tout coup, il réussissait. Il était convaincu qu'il parviendrait à construire un camp de vacances. Il s'y donnait avec détermination.

 

2.2 Des quêtes pour obtenir du matériel

Dans les débuts de l'histoire de Kéno, les Pères Bélanger et Poussard parvenaient à quêter tout ce dont il avait besoin. Ils dressaient des listes de noms possibles sur des feuilles. Ainsi, ils sont allé visiter tous les marchands de bois, les industriels et les hommes d'affaires de la région de Québec. À force de demander avec confiance, ils ont ramassé : peinture, diesel, clous, vaisselle... Rien n'arrêtait l'audace de ces deux hommes.

Quelqu'un nous raconte qu'un propriétaire de machineries lourdes lui dit un jour : "Imaginez-vous qu'il m'en est arrivé une bonne ce matin. Un Père s'est présenté ici et m'a demandé de lui donner mon "gradeur". Surprenant de la part du Père Paul ? Non. Probablement qu'il avait vu une niveleuse qui semblait ne pas être utilisée. Il l'avait demandée puisqu'il en avait besoin. Il me confiait : " je ne demande pas ça pour moi mais parce que j'en ai besoin pour une œuvre de jeunesse." Que de fois, Guilbault Transport et Richard Transport ont fourni hommes et camions pour monter toutes sortes de marchandises au camp ! Les Pères Moreau, Rivard... pourraient dire qu'ils en ont fait des voyages pour transporter tout ce que nos deux compères réussissaient à se faire donner.

 

2.3 La recherche de collaborateurs pour l'œuvre de Kéno

Le Père Paul mettait toutes ses énergies pour que des gens l'aident. Chaque fois qu'il rencontrait quelqu'un, il ne pouvait s'empêcher de lui parler du camp. Avec doigté, il savait intéresser l'autre à ce projet grandiose pour l'époque.

Ainsi, beaucoup de personnes ont accepté de lui donner un coup de main : ses confrères de communauté et de classes, ses amis, les vacanciers du lac Sergent. Le comité des parents du Séminaire des Pères Maristes a vendu des billets en vue de faire tirer une motoneige. Et en 1968, il a convaincu M. Michel Moreau, président du comité des œuvres, d'accepter Kéno comme œuvre principale du Club des Lions de Sillery/Sainte-Foy. Me Maurice Taschereau obtient l'incorporation du Camp École Kéno, le 9 juin 1971, (Me Marcel Marcel Aubut travailla également à la rédaction du livre des procès-verbaux).

Plusieurs années plus tard, je me souviens d'avoir été invité avec le Père Paul à un souper du Club des Lions de Sillery/Sainte-Foy20. Après la remise du don21 au Camp Kéno, le Père Paul prit la parole. Il regarda les membres et leur parla de ses projets avec des mots convaincants. Baissant ou élevant la voix ou faisant semblant de chercher ses mots, il savait attirer l'attention d'un groupe plein de vie. Il parvenait à les toucher et à les convaincre de l'importance d'aider une œuvre de jeunesse, eux qui en avait entendu bien d'autres avant lui. Chacun reconnaissait l'honnêteté du Père; ils le trouvaient bien correct. Ils étaient prêts à l'aider dans son projet.

 

2.4 Les activités pendant le premier séjour des campeurs

Pendant le premier séjour avec des campeurs en 1966, j'ai été moniteur en plus d'être assistant instructeur à l'activité du bricolage. Il y avait peu d'activités pendant ce premier camp. Nous retrouvions, les cours de natation de la Croix-Rouge, le bricolage, l'hébertisme, le camping, les sciences naturelles et le canot. Cet été-là, il n'y avait pas encore de bâtiment pour les activités sauf deux tentes (une pour le bricolage à l'emplacement de l'état major et une autre pour les sciences naturelles à gauche de cafétéria actuelle).

J'ai vécu toutes sortes d'expériences enrichissantes pendant mon séjour. Tout était nouveau pour moi. J'éprouvais du plaisir à faire les choses différemment de l'année antérieure. Les priorités dans la programmation différenciaient de ce que j'avais vécu ailleurs.

 

2.5 Les principes d'enseignement du canot

Enfant, le Père Paul, avait passé ses étés sur l'île Saint-Joseph au lac Sergent, île que sa mère avait eu en cadeau de noce. Très tôt dans sa vie, il avait appris le maniement du canot, participé aux fameuses régates de canots du lac, parcouru dans sa jeunesse de nombreux lacs. À 19 ans, il se rendit aux lacs Long et Montauban22. Il adorait se promener dans la nature en canot.

Pendant tout ses étés au Camp Kéno, le Père Paul enseigna le canot. C'était pour lui une grande joie. Il dira plus tard : "ce qui me fait vivre, c'était de montrer à d'autres des techniques". Même à la fin de la journée, les cours terminés, pendant l'activité libre, il aimait prendre à part un campeur et lui montrer comment avironner. À chaque jour que nous étions sur le camp, nous allions avec nos jeunes à l'activité du canot.

La première journée d'un séjour au camp, toute l'équipe montait dans le grand canot de guerre. Selon l'expression imagée du Père Paul : "le jeune apprend rapidement si on le place dans des situations pratiques".

Dans les jours subséquents, il organisait une randonnée sur le lac. L'un des deux coéquipiers dirigeait l'embarcation à l'aller. Après un repos sur une plage du lac et un changement de position dans le canot, l'autre jeune "barrait" au retour vers le camp.

Si pendant le trajet, il constatait que les gars étaient fatigués d'être à genoux, il leur demandait d'arrêter, de s'asseoir quelques minutes pour se reposer les chevilles.

Dans les journées suivantes, il enseignait la technique de sécurité (surnommé le chavirage) et il faisait pratiquer le coup en "J". Il donnait la consigne aux barreurs : "dirigez votre canot sur le gros pin que vous voyez sur l'île d'Oscar". À d'autres cours, il décrivait le canot en écorce de César Newachish que lui avait obtenu une amie de la famille, Mme Carmen Guillot23. C'était là pour lui une occasion de parler de l'importance qu'avait occupé le canot dans l'histoire des indiens et des premiers colons.

Certes, en faisant passer les badges24 à la fin du séjour, il était content que des jeunes sachent manier l'aviron. Mais ce qui le réjouissait davantage, c'était de constater que certains avaient le goût d'en savoir plus sur le canot.

Il écrivait : "le programme doit viser non seulement à montrer la technique élémentaire du canot, mais graduellement amener les jeunes à maîtriser parfaitement les manœuvres et les techniques de sécurité de façon à être capables de faire face à toutes sortes de situations, développer chez eux un jugement sûr pour prendre des décisions sages, cultiver en eux le goût du canot afin que, plus vieux, ils continuent à l'utiliser dans leurs loisirs. Enfin, l'activité du canot doit déboucher sur les excursions brèves puis longues".

 

2.6 Le canot comme moyen de transport

Bien avant que les spécialistes du plein air diffusent l'idée que le canot peut être dans les camps un "moyen de transport", déjà en 1966, nous allions visiter en canot de nombreux endroits. Nous avons fait même plusieurs grands jeux en canot.

Pour le Père Paul, le canot devait être utilisé pour découvrir les environs de Kéno : paysages, phénomènes de la nature, endroits à caractère spécial... Il nous répétait "qu'en circulant dans la nature en canot, il ne faudrait pas que les campeurs regardent sans voir les beautés petites et grandes qui les entourent, les mystères des eaux et de la forêt, le calme et le silence de la nature, son rythme de vie, sa force...".

 

2.7 Le dimanche du pique-nique à la plage du lac Montauban

Le samedi du premier séjour en 1966, tout le groupe a fait une sortie en canot au lac Montauban. Ce fut le début d'une longue tradition. Jusqu'à l'été 1991,on note une seule fois où nous n'avons pas fait le fameux pique-nique sur la grande plage. Moi-même, j'en suis tout surpris.

Dans les jours qui précédaient, le Père Paul nous disait : "il fera beau le dimanche du pique-nique". Et le matin en question, souvent le ciel était couvert. Le Père Paul debout en face de la baie, regardait les nuages défiler au dessus de l'île d'Oscar. Et comme un grand connaisseur de la météo, il disait sans broncher : "le vent vient de tourner et le ciel va se dégager; vous pouvez partir, il va faire beau ! ".

Parce que le Père Paul l'avait dit, tous les moniteurs reprenaient confiance. Avec leurs jeunes, ils allaient chercher leur aviron. Ils partaient en pique-nique, assurés qu'ils passeraient une très belle journée. Ils croyaient au Père Paul qui affichait l'allure d'un homme bien connaissant en prévisions atmosphériques.

D'ailleurs, il avait une approche bien spéciale de la pluie. Selon lui, il n'était pas question d'écrire des horaires spéciaux de pluie. Il nous disait que lorsqu'il brumassait, il s'agissait de prendre notre temps, de porter notre chapeau de pluie et de nous habiller en conséquence. Pour sa part, il enfilait son long imperméable ciré noir et son chapeau aux rebords tombants.

Lorsque le tonnerre grondait au nord, il obligeait tout le monde à sortir de l'eau. Sur la galerie de l'amirauté, il faisait admirer les gros nuages et apprécier la foudre qui tombait avec fracas comme si le son avait été amplifié. Mais aussitôt l'orage passé, il repartait avec toute l'équipe continuer son cours de canot.

 

2.8 Une randonnée à pied

Le premier dimanche que j'ai vécu au camp, le matin après la messe, les instructeurs étant en congé, mon équipe et moi sommes partis pour une randonnée à pied. Nous sommes montés à un lac de castors en haut de l'ancien dépotoir du camp.

À part cette fois-là et une excursion à l'île "des Capables", ce fut les deux seuls moments, où nous n'avons pas utilisé le canot pour aller à quelque part. Il était toujours coutume que les sorties et les excursions se fassent en canot.

Quant aux excursions de camping, le Père Paul disait "qu'elles devaient être progressives : soit un parcours sur le lac pour les juniors (10-12 ans); une initiation à l'eau vive pour les intermédiaires (13-14 ans) et enfin pour les séniors (15-16 ans) une grande excursion de 10 jours comportant du canot sur des lacs et des rivières".

 

2.9 Mon premier camping avec le Père Paul

Le jeudi dans la deuxième semaine de camp, je suis parti en canot-camping avec mon équipe de jeunes (les trappeurs). Le Père Paul nous accompagna comme il l'avait fait avec les trois autres équipes dans les jours précédents. Nous nous sommes rendus au lac Nadeau. Camper avec le Père Paul était toute une histoire !

Il a eu le tour de nous émerveiller lors de notre première sortie en canot-camping. Ce fut aussi fantastique que si nous avions descendu le Mississipi. Après nous avoir minutieusement dit quoi apporter, comment le placer soigneusement dans notre havresac et surtout amplifier les motifs pour agir ainsi, nous sommes partis dans quelques canots de toile. Nous avons traverser des eaux fort agitées. À quelques pieds du rivage, il nous a fait débarquer dans l'eau pour ne pas briser notre précieuse embarcation. Et en prenant beaucoup des précautions, nous les avons tournées sur leurs deux pinces. Puis, il nous a fait visiter les fabuleuses installations (table à hauteur d'homme, toit de cuisine, bécosse). Nous pensions que seuls des adultes pouvaient réussir à fabriquer de telles constructions avec un si savant brêlage. Le soir venu, nous avons vécu encore du merveilleux.

Pour la première fois, il m'a fait découvrir un bois mystérieux, le bois phosphorescent. Nous avons pris des morceaux dans nos mains et nous les avons examinés minutieusement. Après les avoir manipulés avec délicatesse, les jeunes les ont précieusement rangés dans leurs bagages pour constater le lendemain matin que ces trésors avaient perdu leur pouvoir grandiose.

Comme tous les campeurs, j'ai été impressionné par la légende que le Père Paul nous a racontée, celle d'Alexis. Quel merveilleux conteur il était ! Il savait faire les silences aux bons moments; changer sa voix; puis créer le suspense. Je garde de lui le souvenir d'un homme qui avait l'imagination fertile et qui savait captiver un auditoire.

Puis, ce fut le temps d'aller sous la tente. Un peu à la manière d'un homme averti, il a parlé aux jeunes des risques que notre nourriture se fasse manger par un raton-laveur. Nous avons donc placé une grosse roche sur la boite à beurre qui préserverait notre bouffe. Il n'était pas un homme qui élaborait sur les animaux, les arbres et les oiseaux. Il n'a jamais voulu que les sciences naturelles soient une activité pour mémoriser des séries de noms et monter des collections. Son idée était "de familiariser le campeur avec le milieu de la nature où il va pouvoir évoluer et de lui apprendre également à voir, découvrir, admirer et aimer la nature".

Quant à notre repas du lendemain matin, voici ce qui arriva. Comme il faisait à chaque canot-camping que j'ai vécu avec lui, il nous plaçait dans une atmosphère de festin. À la manière de ceux qui donnent des recettes à la radio, il avait pris l'habitude de dire à haute voix, le moindre geste qu'il posait pour apprêter la nourriture.

À ce moment-là, il ne connaissait pas encore le système des gros chaudrons suspendus par des crochets dont il vantera les mérites plus tard25. Malgré cela, il nous montra les avantages de placer notre gamelle à la bonne distance du feu. Puis, il commença à faire l'éloge du gruau qu'on mangerait. Rien qu'à l'entendre vanter les mérites, à voir la façon avec laquelle il brassait l'aliment, nous étions convaincus que cela serait succulent. Puis, nous l'avons dégusté assis confortablement sur un billot de bois. Pour lui, c'était important d'avoir un minimum de confort; il n'était pas de mise de laisser traîner notre nourriture par terre; on devait au moins placer des pierres en guise de table.

Le Père Paul privilégiait l'excursion de canot-camping comme moyen pour former les jeunes. Il aimait dire qu'en situation de camping, le jeune n'a ni mère, ni électricité pour se dépanner; il doit donc se faire à manger lui-même sur un feu de bois. L'activité devient profitable pour le campeur. Les situations de canot-camping obligent le jeune à développer énormément sa débrouillardise. "Elles vont placer le campeur dans des situations où il découvrira l'importance d'apprendre à mieux naviguer, à bien camper, à bien manger... L'excursion de canotage deviendra pour le campeur une expérience qui le stimulera à apprendre davantage".

Le canot-camping était pour le Père Paul une très bonne occasion pour éduquer les jeunes à la vie en équipe. "Ces derniers sont conscients qu'une expédition est une entreprise agréable et intéressante. Par ailleurs, ils savent qu'individuellement ils ne peuvent pas réaliser de tels projets. Pour arriver à leur but, ils consentent à s'associer avec des copains. En bons éducateurs, il faut profiter de cette situation unique et combien naturelle pour les amener à se plier aux exigences de la vie en groupe où chacun se sent responsable vis-a-vis des autres, où chacun a besoin de son prochain, où chaque individu se voit assigner une véritable responsabilité".

"Partager ensemble les mêmes joies, les mêmes efforts, les mêmes peines aussi, affronter coude à coude les mêmes obstacles, se connaître vraiment, s'apprécier, se supporter, réaliser ensemble des entreprises difficiles, voilà les valeurs de la vie d'équipe qu'il faut faire saisir à nos canotiers".

 

2.10 L'aménagement d'un portage

Au début de la semaine qui a suivie, le Père Paul et mon équipe de jeunes et moi sommes allés aménager un sentier pour relier les lacs Nadeau et Montauban. Il avait mis son pantalon vert, ses espadrilles d'eau, son gilet de laine gris qu'il a conservés jusqu'à la fin de ses jours. Munis de quelques sécateurs et de grandes hachettes, nous avons coupé des petits arbustes. Il nous a fait arraché le if pour que notre sentier ressemble à un vrai boulevard. Enfin, nous nous sommes préparés à essayer notre portage.

Il a pris la peine de nous montrer comment placer la corde sans trop de nœuds pour qu'elle retienne nos deux avirons. Il avait développé une technique spéciale à ce sujet. Comme pour les épissures, il était passé maître dans la fabrication de toutes sortes de nœuds qu'il utilisait pour des circonstances particulières.

Le Père Paul était un homme qui avait le sens du grandiose. Tout ce qu'il faisait était très merveilleux. Il savait donner à ce qu'il fabriquait une grande importance. Chaque fois qu'il réparait des canots, il réussissait un exploit. À plusieurs occasions, je me suis imaginé que jamais je ne serais capable d'exécuter certains travaux tellement il savait m'épater par la façon avec laquelle il s'y prenait.

Je me souviens qu'un été, il s'était mis en frais de changer la toile sur un vieux canot de bois. Que de précautions, il a prises ! Toujours est-il que j'ai pensé jusqu'en 1989 que seuls des spécialistes pouvaient effectuer une telle réparation. Mais quelle surprise lorsque j'ai constaté comment l'opération était facile lorsque j'ai posé la toile sur le canot de cèdre que nous avions fabriqué. J'admirais chez lui cet art de donner une grande valeur aux moindres objets qu'il fabriquait avec nous. Cela donnait de l'importance à ce que nous entreprenions.

 

2.11 Le deuxième mois de l'été 1966

Le premier été, au mois d'août 1966, il n'y a pas eu assez d'inscriptions pour vivre un autre camp. Le Père Paul disait : "nous avions l'impression que tout le monde connaissait Kéno tellement nous en avions parlé. Mais cela n'était pas le cas". Pour réussir à former un groupe de campeurs au mois de juillet, il avait dû combiner les inscriptions de tout l'été et prendre de très jeunes gars comme le fils de M. Cootts, un bienfaiteur. À cause de cette situation et pour ne pas me faire perdre mon mois, le Père Paul me trouva une place au Camp-École Trois-Saumons. J'y retournai comme moniteur pour un deuxième été. Mais, il comptait énormément à ce que je revienne à Kéno, ce que je refis l'été suivant.

 

3 LE DEUXIÈME ÉTÉ DE KÉNO

3.1 Des nouveautés au Camp Kéno

Lorsque je remis les pieds au camp en 1967, à ma grande surprise, je constatai qu'il y avait plusieurs nouvelles bâtisses. Monsieur Moisan26 avait déjà construit un état major, le duplex de l'infirmerie, la deuxième chapelle27 . Ceci signifiait que les Pères Paul et Poussard avaient quêté durant l'hiver.

Dans les premières années de Kéno, le nombre des bâtisses augmenta très rapidement. De 1964 à 1977, les pionniers réussirent à faire la route, établir les réseaux d'électricité, d'égouts et d'eau potable, constituer les plateaux d'activités et élever cinquante-cinq bâtisses - le tout était solide et bien entretenu-.

Au niveau de la communication, leurs contacts avaient été fructueux également puisque 85 campeurs s'étaient inscrits. Plusieurs parents reconnaissaient la qualité de Kéno et ils étaient prêts à envoyer tous leurs enfants au camp pendant plusieurs années28 d'affilée. Le nombre des jeunes augmenta rapidement (33 en 1966; 100 en 1968; 205 en 1971 et 262 en 1977).

Grâce au Père Poussard, les Petites Franciscaines de Baie Saint-Paul prenaient la responsabilité de la cuisine et de l'infirmerie. Entre 1968 et 1984, trente-quatre religieuses sont venues donner un coup de main, dont sœurs Aline, Clairette, Marguerite et Philomène.

Cette année-là, je fus à nouveau moniteur de la hutte sur la grosse roche. Ce fut pour moi une autre belle expérience.

 

3.2 Le Père Paul adhère à des idées nouvelles

Le Père Paul se laissait influencer par d'autres personnes. Il acceptait souvent les idées des autres. Ainsi en 1969, il ajoute un autre volet aux activités du camp celui de la descente en rivière. Ayant engagé Gabriel Robitaille, il reconnaît son expérience pratique en canot dans les rapides et sa philosophie du canot-camping emprunté à Max Bauchet29. Il endosse son approche30 de vivre au rythme de la nature, son sens de la prudence et du respect de la nature et du matériel. Il pousse le développement de l'activité du canot en lui confiant la responsabilité d'enseigner les techniques de canotage et de mettre sur pied une nouvelle programmation, celle des grandes expéditions en rivière.

Certes, depuis fort longtemps, le Père Paul connaissait les techniques de canot. Il avait appris en avironnant et en coudoyant des avironneurs lors des compétitions au lac Sergent. Mais il ne connaissait pas beaucoup les techniques d'eaux vives. Aussi, il demanda à Gaby de développer l'excursion en rivière. Comme il constate que, malgré son expérience, il n'a pas de diplôme, il l'encourage à suivre un cours de perfectionnement donné par l'Université d'Ottawa au camp "Petit Poisson Blanc". Par la suite, il l'incite à suivre d'autres cours31, et par le fait même, à prendre des connaissances de d'autres milieux. Le Père Paul accepte l'expérience en canot des autres. Il favorise ainsi une excellente organisation de la longue expédition et de la mise sur pied d'un riche programme d'enseignement des techniques de canot.

Également à cette même époque, le père Paul engagea des éducateurs32 auprès des aveugles et des demi-voyants. À force d'échanger avec ces gens, il accepte au camp, en 1969, deux aveugles. L'intégration de ces handicapés devient pour lui une nouvelle cause. Il dit à qui veut l'entendre, que Kéno s'avère un milieu très favorable pour développer la personnalité de ces jeunes handicapés. Le Père Paul a toujours accepté des jeunes en provenance de milieu en difficulté. La meilleure façon de les aider à dépasser leurs problèmes, c'était de les intégrer dans une petite équipe, disait-il.

Le Père Paul n'était pas l'homme aux punitions et aux grands discours de remontrance. Il réussissait à diriger les campeurs en difficulté en leur parlant avec enthousiasme, en leur proposant des choses à faire et en leur trouvant un moniteur ou un copain qui les aiderait. Pour nous en convaincre, rappelons-nous une de ses réussites : celle d'avoir convaincu André Grondin de faire équipe avec un jeune qui voulait quitter le camp parce qu'il ne savait pas faire de canot.

Le Père Paul a toujours été à l'affût également de trouver la meilleure façon pour réaliser un projet matériel. Il allait voir ce qui se faisait ailleurs. Il visitait d'autres camps et rencontrait beaucoup de personnes du monde du loisir. Chaque fois, il s'informait sur leur méthode de faire. Voici quelques exemples. Il créa un comité qui devait trouver les meilleures idées pour construire minutieusement une piste d'hébertisme -ce qui lui valu qu'elle fut reconnue comme une des plus formatrices-. Il fit faire par le Père Guy Leclerc de savants calculs de physique qui permettraient aux quais de flotter sans que la partie de bois touche l'eau. Il a convaincu Jean Pichette de lui dessiner le sigle de Kéno.

Il savait prendre conseil des autres et profiter de leurs talents. Et lui même ne se gênait pas pour aider. Il n'était pas avare de ses trouvailles. Il se faisait même un plaisir de donner des séminaires et de conseiller ceux qui l'interrogeaient.

Comme à cette époque, les théories nouvelles abondaient sur l'éducation en camp de vacances, il a suivi également beaucoup de congrès et de colloques. Il en rapportait les idées maîtresses. Il essayait de les implanter dans le camp. Il réussissait avec certaines (ex.: utiliser des objets de la nature dans l'activité de brico-nature); par contre, il en abandonnait d'autres voyant qu'elles ne collaient pas aux moyens éducatifs auxquels il croyait depuis longtemps.

Dès le début, il avait mis en place au camp un rythme de vie calme. Kéno se démarquait par l'enseignement de techniques de plein air, l'excursion de canot-camping et des petites activités sans grand déploiement.

Par la mise en place des sous-groupes et des petites équipes, les jeunes prenaient la place qui leur revenait et vivaient une expérience sociale enrichissante. Il a toujours tenu à ce que toute l'équipe aille ensemble à la même activité.

De plus, le Père Paul croyait que les situations elles-mêmes étaient formatrices. Certes, le camping était le meilleur exemple. Il y en privilégiait d'autres également : l'activité libre, le bricolage, le bivouac, les sketches... Il plaçait à l'horaire une grande activité, donnait quelques orientations et c'était aux moniteurs d'être autonomes et créateurs.

Comme religieux et prêtre, le Père Paul voyait le "Camp" comme un moyen par excellence pour faire vivre les valeurs chrétiennes. "Avec la nature tout autour, une organisation sociale importante et un personnel jeune et nombreux, le camp est éminemment équipé pour la transmission des valeurs humaines et chrétiennes". Il regroupait les valeurs sous trois grands titres : l'amour de Dieu, l'amour des autres et la liberté.

Ainsi pendant des années, il répéta dans ses exposés qu'il était facile au camp de découvrir Dieu à travers ses œuvres. Pour lui, le jeune prenait vite conscience de sa petitesse face à Dieu lorsqu'il venait pour descendre un rapide de classe trois.

Son grand cheval de bataille s'avérait l'amour des autres. Il disait sans cesse de faire confiance à l'autre, de l'accueillir comme il est, de ne pas le critiquer et de s'oublier pour aider ses copains.

Sous la valeur de liberté, il plaçait des objectifs que nous avons souvent lus dans ses écrits et entendus dans ses conférences : autonomie, créativité, dépassement, optimisme et espérance.

 

3.3 Le Père Paul s'implique dans le monde des camps

Partout où il passait, le Père Paul s'impliquait avec tout son cœur, son corps et ses idées. Il avait le tour de se faire connaître rapidement et de se créer de nombreux amis33. Se rendant compte rapidement de son dynamisme, les gens le proposaient à plusieurs postes qu'il acceptait presque à tout coup.

Comme le camp était membre de l'Association des Camps du Québec depuis 1966, il voulu s'impliquer davantage. Il devint membre du conseil de l'administration de l'Association Provinciale des Camps du Québec, en 1970. Et au cours des ans, il accepta plusieurs responsabilités : président de la région de Québec, président de la section française à l'Association des Camps du Canada et vice-président de l'Association des Camps du Canada34. Il savait animer avec dynamisme les réunions et il défendait ses convictions avec fermeté.35

Il participa à plusieurs comités de l'Association des Camps. Il proposait ce qu'il avait déjà mis en place à Kéno. Ainsi tout au long des années qu'il dirigea le camp, Kéno a toujours été à l'avant-garde quant aux normes de l'Association des Camps et quant aux règlements des divers ministères du gouvernement provincial.

 

3.4 Le Père Paul collabore à l'avancement de la Fédération Québécoise de Canot-Camping

En 1969, Max Bauchet et d'autres personnes mettent sur pied la Fédération de Canot-Kayak-Camping au Québec. Les membres ne sont pas des membres individuels mais corporatifs. Le Père Paul accepte d'être le représentant36 de l'Association des Camps du Québec à la Fédération. De plus, il s'implique personnellement sur la commission rattachée au vice-président de la section canot. Avec d'autres, il travaille sur certains dossiers. Il est fier de présenter sa philosophie et ses valeurs du canot-camping. De plus, il appuie tous ceux qui lui demandent des suggestions. Il aide ainsi le Père Carmel Lerma37 dans l'élaboration de son projet de canot-camping. Il conseille Alain Thériault dans la rédaction de son premier document "Le Guide du Canot-Camping"38 . Par après, il écrira le texte à l'endos de son livre39. Il donne du temps sur le comité de signalisation40. Donc, il cherche à favoriser le développement du canot-camping.

À partir de 1969, il participa au développement de la Fédération de Canot-Camping et s'impliqua énormément dans la réglementation allant jusqu'à donner des cours au nom de la Fédération dans la région de Québec41.

Pendant des années, le Père Paul collabore à la réussite de tous les stages que la Fédération offre à travers le Québec. Il s'inscrit lui-même à un cours donné par Max Bauchet42. Considéré comme un des pionniers dans la discipline du canot-camping, tous lui reconnaissent les talents de moniteur43 en canot. Lui-même, il met sur pied des stages d'initiateur de la Fédération ici dans la région de Québec. Il tente de convaincre les directeurs d'envoyer leur personnel aux stages de canot-camping. Que de fois, nous avons, lui et moi, téléphoné aux gens pour leur rappeler les avantages de la formation en canot. Il s'est toujours fait un honneur d'inscrire le personnel de Kéno attitré à l'activité de canot et au projet de la grande expédition. Il adhère à la formule de la Fédération et il s'implique personnellement. Il travaille avec tous ceux qui croient comme lui au développement de bonnes habiletés en canot-camping44.

Quelques années plus tard45, il accepte de participer à une commission spéciale46 suite aux plaintes de nombreux bénévoles qui n'acceptent pas que le gros de l'argent et de l'énergie du bureau de direction aillent au développement de la compétition en kayak. Il monte à Drummondville avec Pierre Trudel afin de trouver une formule qui favorisera le développement du kayak et du canot.

À cause de son âge plus avancé que celle de la majorité des membres et à cause de son dynamisme, le Père Paul impressionne et influence ses compagnons. Il prône une philosophie éducative et récréative du canot-camping. Selon lui, l'activité permet de découvrir la nature, (lis d'eau, huard, silence, liberté, émerveillement). Il dit qu'elle s'avère un excellent outil pédagogique dans le développement du jeune (débrouillardise, apprentissage, autonomie). Il croit sincèrement qu'elle favorise la vie de groupe (entraide, support) et l'amitié (se connaître, s'accepter, s'apprécier). Enfin, il répète qu'elle est bonne pour combattre le stress et améliorer la santé. Selon le Père Paul, le canot-camping développe des valeurs chez la personne (amitié, entraide, acceptation de l'autre). L'expérience du canot-camping porte à reconnaître Dieu (relativité des choses, dépendance). Elle donne envie de chanter, de prier, de remercier et de célébrer Dieu non pas seul mais avec les autres. Toute cette période de discussion sur la commission s'avère pour lui excellente. Elle lui permet d'approfondir ainsi sa philosophie du canot-camping.

Comme lui, plusieurs membres de la commission croient en des valeurs différentes de celle proposées par les amateurs de kayak. Ils prônent l'aspect récréatif en opposition à la compétition.

Donc, après quelques années de discussion47, la commission présente son rapport final à l'assemblée générale de la Fédération. Elle suggère qu'il y ait la création de deux fédérations l'une pour le kayak et l'autre pour le canot. En 1976, le Père Paul se réjouit avec les autres de la création de la Fédération Québécoise du Canot-Camping. Il endosse cette cause et il inscrit le Camp École Kéno membre de la nouvelle Fédération. Après son retour de Rome, il adhère personnellement comme membre individuel jusqu'à son départ.

Le Père Paul a joué un grand rôle dans les activités de la Fédération Québécoise de Canot-Camping. Il a pris une place importante parmi tous les intervenants. Il a su ajouter sa dimension personnelle au développement de cette activité récréative et éducative. Plusieurs membres du personnel de Kéno ont suivi des cours et par la suite travaillé sur des comités.

Ainsi le Camp École Kéno a participé au développement québécois du canot-camping. Il a fait figure de tête de file. Il s'est placé à l'avant garde dans le monde du canot-camping.

 

4 LE QUATRIÈME ÉTÉ DE KÉNO

4.1 Plusieurs maristes collaborent au projet de Kéno

L'été suivant, en 1968, je n'ai pas été au camp puisque j'ai fait mon noviciat à la Neylière, en France. Mais de retour au pays, en 1969, le Père Paul me proposa des projets ainsi qu'à d'autres futurs maristes. Nous avions le goût d'entreprendre des choses intéressantes et il nous en offrait. Aussi nous avons été plusieurs à accepter d'aller au camp.

Pour la majorité des scolastiques, nous trouvions le camp emballant au point que plusieurs revenaient l'été suivant. Cet été là, Jacques Parent accepta le poste de secrétaire du camp, Léonard Laliberté celui de moniteur, Claude Martel celui de responsable aux sciences. Jusqu'en 1990, trente cinq maristes ont travaillé à Kéno durant l'été et plusieurs autres ont donné des journées durant l'année, ex.: Jean-Claude Trottier qui est venu faire brûler des branches dans l'ancien réservoir "Daniel". Il offrit des postes également à beaucoup d'autres étudiants du pavillon Colin tel Yvan Carré, Philippe LeBoeuf, Denis Croteau.

 

4.2 Une nouvelle structure dans le personnel

Pour que les programmes soient vraiment adaptés aux goûts et aux intérêts des jeunes, le Père Paul partagea les campeurs en trois groupes celui des séniors (15,16 ans), des intermédiaires (13,14 ans) et celui des juniors (10,11,12 ans) dont je pris la charge.

Pour diriger ces groupes, le Père Paul aurait pu reprendre la structure d'un chef de camp fort et des chefs de groupe sans grande force. Contrairement à la pratique courante dans les autres camps, il garda le rôle de chef de camp et il pensa donner plus de responsabilités à deux chefs de groupe et plus tard à un troisième lorsqu'il forma un troisième groupe celui de 9 et 10 ans.

Un nouveau style de direction prenait ainsi forme à Kéno. Les chefs de groupe, qu'on appellera plus tard les animateurs, devenaient de véritables adjoints du directeur. En constituant deux entités distinctes, nous construisions deux horaires différents. Ainsi les jeux et les activités du soir ne se ressemblaient pas. Nous n'avions aucune activité commune mis à part la soirée d'accueil et le feu de camp final. Certes, nous suivions le sillon tracé et nous répétions la même programmation que les premières années. Cependant, le style de vie en camp des plus vieux commença à se différencier de celui des plus jeunes.

À partir de cette année-là, je m'impliquai de plus en plus dans l'élaboration du projet du Père Paul. Je partais de Hull durant l'année scolaire pour venir réfléchir sur la philosophie du camp (objectifs et les moyens)48. Aussitôt l'année universitaire finie, je venais travailler avec lui à Sillery; le premier été dans son bureau de supérieur au S.P.M. et le deuxième, dans une chambre du côté nord. Je m'occupais d'engager du personnel, de dépouiller le courrier. Peu à peu, je pris la responsabilité de la routine alors qu'il se réservait les grands dossiers et surtout de "vendre" toutes nos nouvelles trouvailles. Et durant l'été j'occupais le rôle de chef de groupe.

 

5 LES ANNÉES SUIVANTES DE KÉNO

5.1 Le Père Paul confie des tâches

Au printemps 1970, en compagnie du P. Poussard, le Père Paul va au scolasticat de Hull convaincre un autre mariste, Jean-Yves LeBlanc, de venir travailler au camp pour aider le père Poussard qui se sent débordé par sa lourde tâche. Il lui confie alors le soin des voitures qui tombaient en ruine, le magasin et les courses en ville.

Quant à moi, je m'intéressais de plus en plus au camp au point qu'ensemble nous avons décidé que je quitterais l'Université d'Ottawa pour venir terminer mes études théologiques à Québec. Ainsi en 1971, il me donna alors la responsabilité des inscriptions des campeurs. À partir de son provincialat des Pères Maristes (1970), ma collaboration augmenta. Ensemble, nous élaborions des plans, donnions la formation du personnel, préparions l'information (il avait le don de synthétiser ses idées et de les rendre facile à lire). Dans les diverses tâches du camp, je l'aidais.

Sur plusieurs plans, j'avais adopté sa manière de penser. Je l'avais tellement entendu parler des objectifs de Kéno, que je donnais les mêmes principes sans m'en rendre compte. En préparant le pré-camp, je m'appropriais davantage sa méthodologie.

 

5.2 La formation du personnel à Kéno

Comme pour le programme de vie de camp, la période de formation du personnel a toujours collée au réel. Le Père Paul était un homme pratique. Il savait faire passer son message de façon à ce que les gens en place puissent l'adopter. Ainsi il a toujours axé la préparation du personnel sur des expériences concrètes. Il mettait les gens en situations. "C'est en faisant que le personnel apprendra", disait-il.

C'est pourquoi au pré-camp, nous vivions un feu de camp, une soirée de jeux etc. Il croyait énormément que la première activité pour permettre à une équipe de se solidifier était de monter les quais de la plage.

À chaque année, on descendait à la décharge du lac Long. Pendant cette sortie, nous apprenions à fonctionner avec des projets au lieu de suivre des horaires à la minute. Nous allions visiter "la marmite". Il en profitait alors pour nous parler de la mer Champlain et de la faille au pied du lac Clair. De plus, il appliquait des moyens de prévention au plan de la sécurité en canot et pendant les baignades. En le voyant agir, nous apprenions tout en découvrant que nous pouvions nous amuser avec un rien. À le voir aller sous l'eau "des pelles" ou glisser dans la cascade, nous le faisions nous-mêmes. Le Père Paul était un homme en pleine forme physique; il aimait essayer tout ce qui était nouveau comme activité; il garda ces traits jusqu'à la fin de sa vie. Par son agir, il nous donnait le goût de profiter du plein air et d'aimer la nature suite à ses exclamations à l'emporte-pièce devant les éléments de la nature tel le lis d'eau qu'il admirait énormément.

Il était continuellement présent au groupe pendant la semaine de formation du personnel. Il nous donnait un rythme et une méthodologie. Son objectif premier était de nous inculquer une manière de penser, une philosophie du plein air et une habitude de vie en groupe. Il plaçait en deuxième lieu l'apprentissage des techniques quoi qu'il ait toujours recherché un personnel très compétent dans leur domaine respectif.

Après le pré-camp, il croyait que le cadre de la programmation et de l'organigramme permettrait aux gens de devenir de bons éducateurs. De plus il était convaincu de la nécessité d'une présence d'adultes sur le camp. Selon lui, ceux-ci devaient jouer un grand rôle auprès du personnel de 18-20 ans qui auraient à faire face à des situations concrètes dans leur rôle de moniteurs. Il désirait que le jeune personnel puisse les coudoyer, leur parler et leur poser des questions.

Aussi, dès le début de Kéno, il a constitué des équipes de programmation composées de jeunes et d'adultes. C'est pour cette raison que sont venus travailler au camp Claude et Denise Morin, un couple avec deux enfants. Après leur départ, il s'est assuré que d'autres continueraient d'être présents sur le camp et prendraient une part active dans des activités.

Comme rôle, le Père Paul se gardait la formation du personnel. L'excellence du projet éducatif dépendait de la qualité du personnel. Aussi, il choisissait les personnes des postes clés. Il savait dépister des gens de qualité. Il avait une méthode et une intuition qui ne l'ont pas souvent déçu. Il avait le tour de s'en faire des alliés et de bons collaborateurs.

Durant l'été, il croyait qu'en tant que directeur, il ne devait pas se cantonner dans des travaux d'administration et de développement. Il enseignait le canot, circulait sur le site et dormait au centre du camp, à l'Amirauté. Il partageait le même "confort" que les autres et même moins parfois. Il était présent à la vie des campeurs dans le quotidien. Il échangeait avec le personnel et allait à tous les soir au mess. C'était sa manière de donner une âme aux responsables des jeunes.

Quant aux moniteurs, il désirait qu'ils partagent à leur tour la même vie que leurs jeunes en dormant dans la même pièce et en participant aux mêmes activités. Il imaginait que tout le monde devait adhérer à un commun style de vie.

 

5.3 Un style de vie qui satisfait son monde

Le camp nous comblait émotionnellement. Les nombreux projets matériels, la grande possibilité de créer à tous les niveaux, les amis, enfin tout corroborait à ce que je me sente utile. Par sa simplicité avec tout le monde et son sens d'accepter les autres tel qu'ils étaient, sa force de les valoriser (il ne critiquait jamais les autres), le Père Paul créait une ambiance d'amitié et de joie de vivre. Il affichait l'allure d'un homme bien dans sa peau qui m'incitait à dire que l'atmosphère était bonne.

Et je n'étais pas le seul à penser ainsi. Plusieurs moniteurs et adultes disaient : "à Kéno, on peut se réaliser; il n'y a pas de barrière, mais l'avenir est à construire. Le Père Paul nous fait confiance. Avec lui nous avons la conviction que nous réussissons de grandes choses". S'il en était ainsi c'est parce que le Père Paul savait reconnaître les qualités des gens et donner à chacun la possibilité de se réaliser.

 

5.4 Le Père Paul délègue de plus en plus de responsabilités

Le Père Paul se gardait toujours un discours et une chanson à répondre pendant la soirée d'accueil et le feu de camp final. Les premières années, il chantait "Un petit bateau sur la rivière" qu'il remplaça par celle que lui enseigna Jack Pearce : "Alouetteski". À ce propos, le Père Paul chantait très bien en faisant beaucoup de gestes. Il avait d'ailleurs été à l'école de la Maîtrise Notre-Dame de Québec à l'âge de neuf et dix ans.

En dehors du coup de main qu'il donnait au canot, le Père Paul nous rencontrait régulièrement. Nous étions toujours avec lui pour discuter, échanger et bâtir des projets. Il nous faisait parler de ce que nous ferions avec nos groupes. Lorsqu'il avait une suggestion ou une amélioration, il venait nous le dire et nous retransmettions les messages à nos moniteurs.

Parfois, il nous abordait en nous disant qu'il était mal pris, qu'il avait besoin de nous et que nous étions les seuls à pouvoir réussir telle ou telle chose. Dans d'autres occasions, il me demandait de l'accompagner pour aller voir quelqu'un. Il sera plus facile à deux de les convaincre de venir travailler au camp, disait-il. À chaque coup, nous nous sentions stimulés à collaborer davantage avec lui.

Il nous guidait également beaucoup. Il savait nous indiquer les directions et les manières de faire. Certes, nous avions énormément de responsabilités mais par le fait qu'il nous proposait continuellement des projets, il continuait de diriger la barque. Nous le suivions. Nous ne pouvions pas prendre de mauvaise direction tellement il faisait de suggestions pour tous les rôles que nous jouions. Par son dynamisme, son doigté et par sa manière de nous amener à penser et agir comme lui, il gardait son rôle de grand directeur. Il était le dirigeant de Kéno.

 

6 LE PÈRE PAUL PARTAGE SES RESPONSABILITÉS DE PLUS EN PLUS

Dans les dernières années que le Père Paul a été au camp, je l'ai vu comme quelqu'un qui faisait de plus en plus confiance aux autres. Il me disait : "je te confie ce rôle; à toi d'imaginer et d'organiser ton affaire." C'était comme si j'avais feu vert en tout. Il jouait le rôle de celui qui pense, influence et crée des postes. C'était à nous de les remplir.

Dans les années qui suivirent, il le fit de plus en plus. Il organisa un système de réponse téléphonique partagé entre trois personnes qui répondaient chacune chez elles sur la ligne du camp. Ce fut le début d'un secrétariat permanent qu'il confia à Hélène Côté49. Ensuite, suite à la maladie soudaine du P. Poussard50, il demanda à Jean-Yves LeBlanc de devenir directeur des services financiers et des opérations matérielles.

Tout en continuant d'être l'âme de Kéno et de diffuser l'esprit de base, il déléguait de plus en plus de responsabilités, ce qui lui permettait de défendre la cause des camps auprès du gouvernement québécois et d'exercer un leadership au niveau de l'Association des Camps du Canada. Aussi lorsqu'on l'invita à jouer un rôle important au niveau de la congrégation des Pères Maristes, il était prêt à partir. Il avait su assurer la continuité de ce qu'il avait mis sur pied avec tant d'ardeur et de cœur.

 

7 LE PÈRE PAUL ACCEPTE UN POSTE DANS L'ORGANISATION MONDIALE DES PÈRES MARISTES

Après avoir accepté le poste de conseiller au sein de l'organisation mondiale des Pères Maristes51, il prit soin de bien classer tous les dossiers et de nous ouvrir, à Jean-Yves et moi, toutes grandes les portes.

Il fit reconnaître le Camp École Kéno comme une œuvre Mariste par les membres du conseil provincial lors d'une réunion52. Il nous fit accepter Jean-Yves et moi, par le conseil d'administration composé de quatre Pères Maristes et de trois membres du Club des Lions de Sillery/Sainte-Foy. Nous fîmes la visite des laïcs et des maristes impliqués ainsi que des principaux fonctionnaires et bienfaiteurs de Kéno53. Il me donna quelques trucs sur l'animation et la direction du personnel. Nous avons également marché les moindres coins du terrain du camp et revu ses limites. Il nous rappela son plan de développement qu'il avait si souvent expliqué.

Aussi lorsqu'il prit l'avion pour Rome, il avait convaincu la majorité des gens proches de Kéno de faire confiance à la nouvelle équipe et que ceux-ci pourraient continuer son œuvre.

Pour ma part, j'étais prêt pour ce magnifique projet de vie rempli de nouvelles responsabilités. Avec enthousiasme, Jean-Yves, Hélène et moi avons préparé les deux séjours. Et juste quelques jours avant de partir pour le pré-camp, le Père Paul arriva au pays. J'imagine que ce fut sûrement très difficile pour lui de nous voir partir du Séminaire des Pères Maristes pour monter au camp. Il vint nous voir lorsque les jeunes furent arrivés.

Il répéta à plusieurs reprises ses visites à Kéno, lors de ses premières années à Rome car son cœur y resta attaché. D'ailleurs, nous nous en rendions compte par le grand nombre de gens qui venaient nous voir. Il parlait de Kéno aux pères maristes de tous les coins du monde.

 

8 LE PÈRE PAUL JOUE LE RÔLE DE FONDATEUR DE KÉNO

Quand le Père Paul eut terminé son long mandat de huit ans à Rome, il revint au Québec54. Comme il était fatigué, il prit du temps pour se reposer et voir comment il pourrait s'impliquer à nouveau dans le projet du Camp Kéno. Il avait à s'habituer à un style de vie différent d'avant son départ et à se trouver une place dans l'organisation du camp. Certes, pendant son absence du pays, il avait toujours gardé contact avec ses proches amis tel Maurice et Denyse Labrecque. Maintenant, il devait se réhabituer à vivre le quotidien avec des proches.

J'étais content qu'il revienne à Québec. Ensemble, nous avons cherché comment il pourrait aider Kéno. Je voulais qu'il joue un rôle dans le fonctionnement du camp. Lui-même avait le goût d'améliorer et de créer mais il ne savait pas trop comment s'impliquer. Nous avons donc essayé diverses avenues. Nous avons appris à créer au jour le jour.

Avec grande satisfaction, il accepta la présidence de la corporation du Camp. Il s'impliqua dans la corporation de la Fondation Kéno55. Puis un bon jour, le père Paul offrit ses services à Jean-Yves pour travailler manuellement au camp, (le reste de son temps libre, il le passait à pratiquer le golf56.).

Le Père Paul mis donc beaucoup d'énergie à gratter le chemin avec Jean-Yves, ramassant les cailloux derrière la gratte. Il disait que c'était bon pour son "bedon". Il excellait aussi dans l'art de mettre une dernière touche aux ponceaux de façon à éviter l'érosion. De plus, il ramassait minutieusement les branches derrière la faucheuse pour élargir la route. Il participait aux différentes corvées de défrichage en vue d'installer de nouvelles bâtisses. Même durant l'hiver, il consacra plusieurs fins de semaines durant les trois derniers hivers à brûler des branches.

À la fin d'une journée bien remplie, il aimait s'asseoir, relaxer avec Jean-Yves et les bénévoles du camp et nous entretenir de projets futurs tout en prenant son "long special drink" suivi d'un copieux repas de "pasta" cuisson "al dente" généreusement arrosée d'huile végétale, accompagné d'un bon "vino" corsé, telle était sa recette préférée.

De plus, après son retour de Rome, comme il était très habile de ses mains, il se mit à travailler le bois. Il alla chez un des anciens donateurs de Kéno57 et se fit donner du pin brut. Il apprit à le travailler et à le coller pour en faire de larges planches qu'il ponçait à la perfection. Il fabriqua ainsi plusieurs meubles et le magnifique panneau à l'entrée du Camp58. Il semblait trouver beaucoup de satisfaction à travailler de cette façon.

Il avait déjà démontré son habileté en sculptant certains éléments dans le totem du Père Chabot. Il avait réussi à faire du beau lettrage sur les panneaux annonçant les règlements des diverses activités. Il avait le pinceau habile pour peindre les écussons du camp. Il savait qu'il pouvait le faire depuis qu'il avait dessiné des paysages et ses fameux arbres pour des décors de pièces lorsqu'il était professeur à Sillery avec le Père Paul-Émile Vachon.

Pendant tout ce temps, lui et moi parlions énormément du camp. Les mains derrière le dos, en marchant de long en large dans la salle à manger, il me suggérait des manières de faire. Notre conversation se rapprochait de ce qu'elle avait été pendant tous ces étés passés au camp. J'admirais le Père Paul. Je lui confiais mes projets et ensemble nous en étions arrivés à un bon degré de communication. Nous élaborions des projets fabuleux. Nous nous promettions de rendre concrets de grands rêves.

Au niveau de son intégration dans l'organisation de Kéno, je me réjouissais qu'il ait accepté quelques tâches. Dans les derniers temps, en compagnie de ses bons amis du Club des Lions de Sillery/Sainte-Foy, il se donna totalement lors de la corvée de mai59 et lors de son dernier "festin d'homards illimités60". Il travailla avec acharnement à ramasser des fonds, quêtant dans les Caisses Populaires et téléphonant à tous ses amis pour leur vendre des cartes pour le souper bénéfice. Chaque mercredi, il se faisait un devoir d'assister aux réunions de la Fondation Kéno. À ses bons copains qui le relançaient61, il répondait avec bonhomie; il savait faire équipe. Donc, il voulait de plus en plus s'impliquer. Et tous commençaient à le reconnaître à nouveau comme le directeur-fondateur de Kéno.

 

9 LE PÈRE PAUL NOUS QUITTE

Dans les dernières années avant de partir, le Père Paul a réalisé deux vieux rêves de jeunesse. Après y avoir songé pendant des années, un bon printemps, il décida de mettre à exécution la fabrication des piliers pour asseoir les approches des quais. Il consulta des spécialistes pour connaître la meilleure méthode de réussite. Le samedi venu, il mélangea l'eau avec le ciment, et le tout au sable près. Il immortalisa son œuvre en la signant : il demanda à Jérôme Landry62 d'étamper sa petite main d'enfant dans le ciment frais63. Il ne restait plus qu'à y attacher les pontons qu'il avait soigneusement imaginés.

Quant à la magnifique promenade autour de la baie à l'amirauté, ce fut un chef-d'œuvre qu'il retoucha pendant trois fins de semaines. En culotte courte dans l'eau froide, coiffé de son chapeau bleu, il plaça méticuleusement les roches une, à une, aux bons endroits. Avec son bâton, il dirigea les manœuvres de Pierre Cloutier qui manipulait la pelle mécanique. Il calfeutra le tout de petites pierres qu'il choisit avec attention64. Il se disait très satisfait de ce gigantesque travail.

Avec la réalisation de ces derniers projets, tout son plan d'aménagement, élaboré dès les débuts, était pratiquement réalisé. Il lui restait à modifier le trajet de la côté du mille avant le camp, à développer le secteur des familles, à créer une école de plein air en collaboration avec l'Université...

Il est parti trop tôt65. Nous n'avons pas pu réaliser ensemble tous ses projets. Il lui restait encore à jouer de plus en plus un rôle de relations publiques, à jouer un rôle de grand-père qui propose des projets à tout le monde, qui encourage chacun à se faire confiance et à prodiguer son espérance et son goût de la vie.

Merci, Père Paul !

 

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1 Le Père Paul Bélanger accepte d'aller au Camp-École Trois-Saumons, du 2 août au 15 août 1959 comme aumônier des mousses et des mousselines.

2 En 1960, Guy Bélanger écrit un document sur la formation des jeunes par des expéditions en canot-camping.

3 Le Père Paul Bélanger et son frère Guy Bélanger font coïncider leurs vacances et prennent quatre jours pour aller visiter les lacs Long et Montauban à l'été 1960.

4 Le Père Paul Bélanger va travailler comme assistant-directeur au camp Kéno (sur le lac Kénogami), camp de l'Institut Saint-Georges à Chicoutimi durant les deux étés 1962 et 1963.

5 Le Gouvernement projetette de placer les jeunes de l'Institut en foyer d'accueil durant l'été ce qui remet vivement en question la pertinence du Camp Kénogami. Le camp au lac Kénogami a eu lieu un deuxième été mais il y a eu très peu de campeurs.

6 Comme le Père Poussard est supérieur au Séminaire des Pères Maristes, comme le Père Bélanger est prédicateur et comme le Père Chabot est professeur, tous trois sont libres l'été. Aussi pendant les grandes vacances estivales, ils peuvent faire des routes et des constructions à la condition qu'il n'en coûte rien à la communauté des Pères Maristes.

7 Voir en annexe, le texte écrit par le Père Bélanger et signé par les Pères Rosaire Poussard, Paul Bélanger, Gilles Chabot et Guy Bélanger.

8 Ils apprennent que le terrain est du domaine public. Par contre, la municipalité de Saint-Marc a fait une demande pour qu'on retienne le lac Long comme source éventuelle d'approvisionnement pour l'aqueduc municipal. M. Dufour du Ministère lui écrit qu'il ne peut lui louer un emplacement car le lac Long est sous bail de pêche par le Club des Falaise.

9 Ils commencent les démarches avec le ministère des Terres et Forêt, en automne; ils font la demande écrite pour un bail en mai 1963; le Père Poussard signe le document comme président de la corporation du Séminaire des Pères Maristes inc. Ils obtiennent le bail d'un terrain en décembre 1963. Le Père Roy, au nom du Séminaire des Pères Maristes inc. demande que le bail soit transféré au Camp École Kéno, le 20 décembre 1973.

10 Le Père Bélanger suit une session à l'École des Cadres donnés au Camp-École Trois-Saumons au printemps 1963.

11 Directeur fondateur des Camps Écoles Trois Saumons et Minogami.

12 Léonce Naud donnera des idées de l'aménagement de l'intérieur des sciences naturelles.

13 Les premiers plans de développement ressemblent à la réalité physique du Camp-École Trois-Saumons.

14 Monsieur Plamondon aide les Pères Bélanger et Poussard à ramasser de l'argent.

15 Le Père Paul Bélanger est supérieur au Séminaire des Pères Maristes de 1965-1970.

16 Travaillent à construction de la route : les pères Bélanger, Poussard, Chabot, Gosselin, le frère Yvon Bergeron et quelques autres -17 personnes à un moment donné-.

17 Il projette deux séjours (26 juin au 23 juillet et du 24 juillet au 20 août). Un séjour coûte 134$.

18 Kémi signifie un grand jeu; le nom vient des lettres du mot Kénogami.

19 Arthur Bergeron, Denis Chamberland, Jacques Aubert travaillent à Kéno le premier été.

20 Le Père Paul était proche de tous les membres du Club des Lions de Sillery/Sainte-Foy. Une fois par année et même plus parfois, il allait rencontrer les membres à l'un de leurs soupers. Il avait su se faire apprécier par Gérard Bureau, Pierre Dumont, Gaston Durand, Louis Morisset, Pierre Guay et bien d'autres.

21 Jusqu'à 1977, le Club Lions Sillery/Sainte-Foy a versé la somme de 50,000$ pour l'investissement.

22 Le Père Paul avait déjà visité la région. En 1949, il était allé au chalet de l'abbé Émile Beaudry, oncle d'un de ses amis, Paul Labrecque. Le chalet était situé à l'ouest de la décharge du lac Montauban.

23 Guy Bélanger va chercher le canot à Saint-Michel des Saints et apporte le canot à Kéno en 1968.Il a été fabriqué par César Newashish, un indien de la nation Atikamekw appelée jadis de la tribut : "des Têtes de Boules". On peut visionner le film de César Newashish sur le site de ONF

24 Pendant les derniers jours de camp, les instructeurs font passer un test pratique des différents coups d'aviron enseignés durant le séjour. Le jeune reçoit une badge correspondant au niveau de ses habiletés.

25 Gabriel Robitaille est venu travailler au camp pendant plusieurs étés. Il apporta au Camp École Kéno entre autres choses, le système des crochets et de chaudrons qu'il avait emprunté de Max Bauchet.

26 M. Rosario Moisan a travaillé au camp un peu durant l'été 1966 et durant de longs mois par la suite de 1967 à 1980.

27 La deuxième chapelle est devenue le mess du personnel par la suite.

28 Plusieurs familles ont inscrit plusieurs de leurs jeunes; ex : les familles Grondin, Grégoire.

29 Max Bauchet, d'origine française, a descendu bon nombre de rivières au Québec. Max Bauchet crée un petit club d'activités de plein air (marche, canot et le ski de fond). En 1963, il fonde avec d'autres le club de canot "les Portageurs" à Montréal et incite Pierre Lalonde à partir le club "Rabaska" dans la région de Québec. Il met sur pied la Fédération de Canoto-Kayak-Camping.

30 Gaby Robitaille a descendu de nombreuses rivières avec Max Bauchet. Il suggéra un équipement adapté à la longue expédition en canot : la tente française à deux places, le canot en fibre de verre, la nourriture de marque "Gorps". Gaby implanta le Kénothon, le système des signes lors des descentes des rapides et le mode de rangement des avirons. Il donna un stage de canot de la Fédération au Camp École Kéno.

31 Le Père Paul invite Gaby a suivre le stage de moniteur de la Fédération de Canot-Camping à Chicoutimi en fin d'août 1973.

32 Claude Morin et Jean-Eudes Cayouette ont travaillé à Kéno et aidé à l'intégration des deux premiers aveugles et de nombreux demis-voyants par la suite.

33 Le Père Paul se fait beaucoup d'amis dont Yvon Vézina, Jean-Claude Marier et Colette Pouliot, plusieurs directeurs et directrices de camps (Frère Adrien Duperré, Père Carmel Lerma etc.).

34 Le Père Paul Bélanger reçu une plaque souvenir de l'Association des Camps du Canada pour son implication dans le monde des camps.

35 Il n'a pas eu peur de défendre les camps contre des fonctionnaires qui voulaient les contrôler; il a toujours favorisé la collaboration entre les camps français et anglais.

36 Le Père Paul est le représentant de l'Association des Camps à la Fédération de Canot-Kayak-Camping de 1969 à 1976.

37 Le Père Carmel Lerma est directeur du Camp Claret.

38 Alain Thériault fut un ancien moniteur chez les 13-15 ans en 1969 et 70. Il reconnaît que le Père Paul l'a aidé dans la rédaction de son document imprimé en 1973.

39 Alain Thériault a publié son livre en 1974 et participé à plusieurs commissions et comités de la Fédération.

40 Avec des gens de Québec, il siège sur un comité dont le mandat est de trouver une signalisation appropriée au canot-camping.

41 Le Père Paul donne un stage d'initiation au canot-camping à des gars et des filles au Camp Minogami en 1973. En 1974, Gaby Robitaille en donne un au Camp École Kéno. Par la suite et jusqu'en 1977, le Père Paul en organise d'autres avec Pierre Grondin etc.

42 En fin août 1970, le Père Paul suit avec Gaby Robitaille un stage comprenant un cours de cartographie et de technique de canot à Uberdow.

43 Le Père Paul me disait qu'il n'avait pas passé de badge de moniteur de canot. Cela allait de soit puisque les gens le reconnaissaient comme un professionnel et un défenseur de la cause du canot-camping au Québec.

44 Il travaille avec Pierre Trudel, François Boulanger et Max Bauchet. Ce dernier viendra à Kéno, à l'été 1971.

45 Entre 1974-1976, le Père Paul siège à la commission qui doit proposer une formule favorisant le développement du kayak et du canot. Avec Pierre Trudel, il fait souvent le voyage Québec-Drummondville.

46 La commission de restructuration de la Fédération de Canot-Kayak-Camping.

47 La commission dépose son rapport en 1976.

48 Il y eu plusieurs journées de réflexion à Sillery auxquelles participèrent le Père Paul Bélanger, Jean-Eudes Cayouettes, Claude Morin, Gaby Robitaille et Roger Landry.

49 Hélène Côté-Auger vient au Camp École Kéno (avec Gorges, Benoît et Nathalie) en 1974, comme responsable de l'activité brico-nature. A partir de 1975, elle répond au téléphone. Par la suite, elle assume de plus en plus de responsabilités dans l'organisation du Camp. Actuellement, elle réussit plusieurs tâches tout en étant directrice des relations parents-Kéno.

50 Le Père Poussard souffre d'un mal d'oreilles. Il quitte le camp à l'été 1977.

51 Le Père Paul a rempli le rôle d'assistant-général à Rome entre 1977 et 1985.

52 Le Père Paul propose en octobre 1977, à une réunion du conseil des Pères Maristes que le Camp École Kéno soit une œuvre mariste.

53 M. Raymond Malenfant était déjà l'un des nombreux bienfaiteurs du Camp École Kéno en 1977.

54 Le Père Paul revient de Rome à la fin de septembre 1985; il prend des vacances au U.S.A.; et il devient directeur des études au S.P.M. en janvier 1986.

55 La Fondation Kéno inc. a été mis sur pied par Georges Auger, président-fondateur. La première réunion de l'assemblée de fondation eut lieu le 13 juin 1988.

56 Le Père Paul fut membre du club de Golf Fossambeault au lac Saint-Joseph de 1986 à 1990. Il participa activement à la construction du chalet.

57 M. Éloi Moisan, un des premiers bienfaiteurs de Kéno, lui procure du bois.

58 Il colla plusieurs morceaux de bois. Il sculpta le sigle de Keno et le nom : Camp École Keno.

59 En travaillant sur la promenade avec Daniel Froment, Michel Bernier, Pierre Cloutier et bien d'autres, le Père Paul se fit apprécier par les gars du Club des Lions de Sillery/Sainte-Foy. Il réussit surtout à rétablir une excellente communication. Lors du souper du samedi soir, il fêta avec la bande tardivement. Il repris la place qu'il s'était taillée dans les années '70 au sein du Club.

60 Le Père Paul a fait parti du conseil d'administration de la Fondation Kéno inc. dès les débuts en 1988.

61 Il avait décidé de relever le défis lancé par Pierre Guay (président de la Fondation Kéno), Pierre Arsenault et Michel Verrault. Comme eux, il ferait un succès de ce souper aux homards illimités.

62 Jérome Landry est le fils de Marc Landry et Édith Grondin, anciens membres du personnel et bénévoles à Kéno.

63 Il fut toujours très proche des jeunes enfants. Il prenait plaisir à raconter des faits à Nathalie et Benoît Auger. Il aimait passer des heures à consoler un jeune et à le motiver.

64 Il choisissait la bonne roche parmi l'immense tas qu'avait ramassé Michel Bernier avec ses adolescents et son beau frère Bernard.

65 Le Père Paul meurt d'un infarctus en jouant au golf (au 14 ième trou), le lundi 11 juin 1990 entre 18h30-19h00. Il fut exposé au salon funéraire Lépine et Cloutier Ltée, rue Marguerite-Bourgeois à Québec, le jeudi, vendredi et samedi matin. Le service religieux fut célébré à l'église Saint-Michel à 10h30. Ensuite le corps fut mis en terre au cimetière de Saint-Michel de Sillery dans le lot des Pères Maristes près du chemin Saint-Cyrille.